Entretiens croisés : des enseignants du 1er et du 2nd degré en immersion dans des laboratoires

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Entretiens croisés : des enseignants du 1er et du 2nd degré en immersion dans des laboratoires

Actualité publiée le 06/03/2026

Du 16 au 20 février s’est déroulée la 7ème édition des stages d’immersion des enseignants dans les laboratoires de Lorraine, qui a pour but de permettre aux stagiaires de découvrir de manière privilégiée les rouages de la recherche. Habituellement destiné aux enseignants du secondaire, toutes disciplines confondues, ce stage a été ouvert pour la seconde fois à des professeurs des écoles. Au total, 11 enseignants ont été accueillis, par trinômes, au sein de 4 laboratoires : l’ATILF (CNRS, UL), l’IJL (CNRS, UL) et le LRGP (CNRS, UL), le LIBio (UL), et le 2LPN (UL).

Dans chacun des laboratoires, directeurs de recherche, maîtresses de conférences ou encore ATER, ont concocté un programme de découverte pour un trinôme de stagiaires enseignants du premier et du second degré. Pendant 4 jours consécutifs, les enseignants et enseignantes ont rencontré les membres du laboratoire ainsi que son organisation et leurs thématiques de recherche. Ils ont assisté de manière privilégiée à des réunions d’équipes, conférences ou encore à des TP.

 

En fin de semaine, tous les trinômes se sont retrouvés à la Maison pour la science en Lorraine afin de partager avec les autres groupes les différents aspects de la recherche découverts au cours de la semaine. La matinée s’est conclue par une présentation des différents masters de recherche en sciences de l’éducation accessibles à l’INSPÉ de Lorraine. L’après-midi était dédiée à la production de supports de restitution, rendant compte de leur expérience, présentant un aspect marquant de leur stage ou un support pédagogique pour leurs classes. 

 

Les enseignantes en immersion à l'ATILF.

 

Les enseignants en immersion à l'ENSAIA.
Les enseignants en immersion au 2LPN.

 

Les enseignants en immersion à l'IJL.

 

 


 

Raphaël, Professeur de SVT en lycée, et Séverine, Professeure des écoles, tous les deux en immersion à l’ENSAIA durant ce stage, nous partage leurs idées pour investir le contenu de ce stage au sein de leurs classes, aux niveaux bien différents.

 

Quel a été votre programme à l’ENSAIA ?

S : Nous avons suivi des étudiants de l’ENSAIA, par groupes, et nous avons fait des travaux pratiques, avec différents chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, post-doctorants, qui nous ont montré le système d’encapsulation et tout le système de caractérisation qui en découle. Nous n’avons pas fait qu’observer, nous avons aussi carrément manipulé, on a fait les expériences comme les étudiants. 

R : Ils nous ont présenté un de leurs grands axes de recherche, donc les techniques d’encapsulation, qui était le fil conducteur de ce stage. Ce qui était très intéressant, c’est [...] qu’on a vraiment pu suivre toutes les étapes pour passer du produit imaginé au produit final, qui peut être utilisé ensuite dans la vie courante et c’est pour nous ce qui donné véritablement du sens à ce stage.

 

Qu’est-ce que ça vous apporte dans votre pratique en tant qu’enseignant.e d’avoir participé à ce type de TP ?

S : Déjà, on se remet à la place d’étudiants, donc en fait on se remet à la place de l’apprenant. [...] Cela nous a permis de nous questionner, de redonner un peu de priorité à la pratique, dans nos pratiques. 

R : D’un côté, je dirais aussi que ce qui anime ces chercheurs et chercheuses, c’est de réaliser des démarches d’investigation : “ah tiens, on a un problème, on va essayer de le résoudre pour ensuite trouver une solution, on va développer des connaissances utiles, ou des nouvelles techniques qui vont permettre d’améliorer nos vies au quotidien”. [...] C’est motivant pour eux et on peut transposer cette démarche pour nos élèves et cela permet de réappuyer le fait que la démarche d’investigation est très importante pour motiver nos élèves. D’un autre côté, le fait de découvrir tous ces professionnels, pour moi au lycée, cela va être utile pour discuter de l’orientation avec mes élèves et leur montrer que ce qu’on fait dans nos salles de TP fait écho à ce qui est fait dans le supérieur. S’ils ont cette appétence pour les sciences, il ne faut pas qu’ils hésitent à poursuivre dans les sciences. [...] Je suis content parce que j’aurais des éléments de réponse à leur donner, je pourrai utiliser tout ce que j’ai appris, tout ce que j’ai vu, dans les labos de l’ENSAIA pour illustrer avec des exemples de parcours qui permettent de, plus tard, faire de la recherche, de faire évoluer la science et de faire évoluer le monde positivement ! 

S : Et pour les petits il s’agit aussi un peu de découvrir ce qu’est la recherche, découvrir ce que c’est qu’émettre une hypothèse, qu’est-ce que cela veut dire de faire des expériences scientifiques. Même si on le fait dans notre classe, à notre échelle, mais là, avec ce stage en immersion je pense que cela donne vraiment envie. Ce serait vraiment mon projet de transformer ma classe en mini laboratoire ! Et de peut-être demander à des chercheurs et des chercheuses qu’on a pu croiser à l’ENSAIA d’intervenir, et il y en a qui le font, qui interviennent dans les classes de primaire ! Pour qu’ils parlent un peu de leur travail aussi, c’est une première approche de la recherche.

 

Vous avez imaginé des projets à mettre en place dans vos classes, que ce soit au lycée ou en école primaire, est-ce que vous pouvez nous en dire plus à ce sujet ?

S : Donc pour moi ce serait de remettre la démarche d’investigation un peu au goût du jour avec la science, avec un projet autour de l’observation au microscope par exemple. J’ai aussi pensé à un projet autour de la capillarité et un autre sur la chromatographie et puis sur l’évaporation, autour des poudres, comme on l’a vu un peu à l’ENSAIA. L’idée serait de faire des ateliers scientifiques sur une semaine et de travailler toujours avec un lien interdisciplinaire : avec du français, du vocabulaire, c’est un axe très important à l’école primaire. Les objectifs en sciences seraient autour du vivant et de la matière, avec aussi un projet en arts plastiques qui permettrait d’avoir un support qui serait lu, visible par toute l’école, et qui permettrait de faire une restitution pour chaque atelier scientifique, avec toute la démarche scientifique que cela implique.  

Séverine et son support de restitution, le projet arts-sciences "En classe, comme au labo, on ne devine pas, on cherche."

 

R : Au cours d’un projet de 6 semaines, j’aimerais réutiliser une problématique qui nous a été exposée autour d’un projet sur l’usage raisonné des pesticides, une problématique actuelle et qui parle à tout le monde. Il s’agirait d’utiliser cette question comme situation déclenchante avec mes élèves de 1ère “enseignement scientifique” (dans la voie générale) et de faire émerger une problématique commune à l'ENSAIA et à notre salle de classe. Nous ne travaillerons peut-être pas sur les pesticides mais plutôt sur les engrais, tout en restant dans le domaine agricole. A partir d’une liste de matériel que j’exposerai à mes élèves, j’aimerais qu’ils créent eux-mêmes leur propre démarche expérimentale, de A à Z, et qu’ils se mettent véritablement dans la peau de chercheurs et de chercheuses. Tout au long de cette démarche scientifique, j’aimerais bien faire écho à ce qui est fait dans les labos de l’ENSAIA pour leur montrer qu’en étant des élèves de première, ils sont pourtant en train de mener une expérience comme pourraient le faire des chercheurs et des chercheuses. Pour des élèves qui n’avaient pas trop d'appétence pour les sciences, cela va leur permettre de développer cela, et pour d’autres élèves cela va leur donner l’envie de continuer à se spécialiser dans les sciences. Il s’agit de se dire aussi que, oui, il y a vraiment des choses à faire, à produire, pour améliorer la société de demain. En plus de cela, il s’agit tout simplement de leur montrer que ce qu’on leur apprend déjà en classe de première générale, toutes les petites compétences qu’on développe avec eux aujourd’hui, peuvent être très utiles pour leur futur métier demain et peut-être ainsi créer des vocations. 

 


 

Comme Raphaël et Séverine, 9 autres enseignant.es ont participé à ce stage, proposant chacun.e des façons différentes et personnelles de réinvestir cette expérience dans leurs établissements et leurs classes.